DICTEE
SENIORS 2009
Vivement
lundi !
Enfant,
j’abhorrais les dimanches.
Après le
petit déjeuner, mon père parcourait les gazettes qu’il avait étalées sur la
table entre le pot de confiture, les rôties et la théière.
Quand approchait
l’heure de l’absinthe dominicale, il se dirigeait vers l’estaminet, où il était
censé trompeter à l’envi les nouvelles qu’il avait lues dans les canards.
Exhaussé sur une chaise, il esbroufait par des apartés subtils un auditoire de
quelque vingt boit-sans-soif.
Mère et
moi, pendant ce temps, assistions à la grand-messe qu’elle me vantait tant mais
qui m’ennuyait terriblement. Pour moult raisons connues de lui seul,
l’archevêque venait souvent dans notre
petite église. Je supputais qu’il aimait ouïr quelque hymne méconnue dénichée par le
chef de chœur, bien loin des chorals chantés au temple voisin.
Nous nous
rejoignions ensuite chez ma tante, pour un déjeuner invariablement
pantagruélique, autour de la grande table qu’elle avait dressée pour l’occasion.
Mais le repas était toujours silencieux.
[Fin de la dictée pour les lycéens]
Et pour
cause ! Mes père et mère s’étaient plu, aimés, déplu, oubliés, puis à
moitié rabibochés, ils vivaient dans un statu quo ambigu mais paisible.
Ma tante
ouvrait alors son écritoire impeccablement cirée pour en sortir un livre de
prières et nous dire un bénédicité. Dussé-je vivre centenaire, usée, voire
grabataire, je n’oublierai jamais cette femme molle et voluptueuse. Sans cesse
enchifrenée, elle buvait, pour soigner ses catarrhes répétés, une tisane
préparée spécialement par son apothicaire : elle se composait de réglisse,
polypode, lierre terrestre, hysope, sassafras, bourrache et coquelicot.
Si cette
sybarite avait eu un chouia de jugeote, au lieu de grelotter, emmaillotée dans
ses châles, elle aurait renoncé à ce remède, car la tisane provoquait des
diarrhées et des vesses mémorables.
Après ces
prétendues agapes, socques usés aux pieds, attifée d’un caraco, je sortais
seule. Grignotant mon oublie, j’errais sur le mail autour de terre-pleins
rarement fleuris, oubliée des adultes telle une pupille de la nation.
François Rousseaux (avec
l’aimable contribution de Philippe Dessouliers)
Corrigé
-
Fautes d’accent non grammaticales, traits d’union ou majuscules : 1/2
faute.
- Mots
composés : chaque élément est considéré comme un mot, donc plusieurs
fautes possibles.
abhorrer :
même racine que horreur, donc un h deux r
dimanches :
avec un s
petit déjeuner : avec ou
sans trait d’union
étalées : accord
du participe passé avec le c-o-d placé devant
rôties :
tranches de pain grillé
censé :
supposé, présumé
trompeter ou trompetter :
divulguer, répandre à grand bruit
à l’envi : sans e, en rivalisant
exhaussé :
surélevé
esbroufer : un seul f, étonner
apartés :
nom masculin
quelque :
inv. au sens de environ
boit-sans-soif : inv.
moult :
adverbe inv. : plusieurs
hymne :
féminin ou masculin… dans le sens de chant liturgique de l’église catholique en
latin
chœur : et
non cœur
chorals :
nom masculin, pluriel de choral : cantique protestant
dressée :
accord avec le c-o-d placé devant
plu, aimés, déplu, oubliés, rabibochés :
les participes passés de verbes transitifs indirects (qui ne peuvent avoir de complément
d’objet direct) demeurent invariables. On aime quelqu’un mais on déplaît à
quelqu’un…
ambigu :
pas de tréma ; féminin : ambiguë
écritoire :
nom féminin
dussé-je : se prononce dussè-je,
première personne de l’imparfait du subjonctif, cette tournure est littéraire,
le e muet est remplacé par un é
usée : au
féminin, la fin du texte nous renseigne sur le sexe du narrateur.
enchifrenée : vx
enrhumée (un seul f)
catarrhes :
nom masculin, affection des bronches
polypode :
fougère commune
hysope :
arbrisseau des régions méditerranéennes
sassafras :
arbre de la famille du laurier
bourrache :
plante annuelle très velue à fleurs bleues
NB : la recette est
authentique !
sybarite :
personne molle
chouia, chouïa ou chouya :
un peu
jugeote, grelotter, emmailloter, grignotant: attention au nombre de t !
diarrhées :
deux r un h
vesses :
gaz intestinaux
agapes :
nom féminin
socques :
nom masculin
attifée :
deux t un f
caraco :
veste de femme, premier indice sur le sexe du narrateur.
oublie : nom
féminin, anc. gaufre mince et légère roulée en cylindre
mail :
promenade publique
terre-pleins :
pl. de terre-plein
pupille : un
ou une suivant qu’il s’agit d’un garçon ou d’une fille, deuxième indication sur
le sexe du narrateur.
nation :
pas de majuscule
usée, oubliée et seule étaient
au féminin, puisqu’il s’agit d’une narratrice…