Les vicissitudes de l'orthographe

 

 

Voici quelque cent ans, ma  grand-mère Laure obtenait son certificat d'études. C'est dans le fond de son échoppe qu'elle m'apprit, opiniâtre et tatillonne, à déjouer les pièges de notre langue.

Mais les années se sont succédé ; dans une sarabande infernale, les mots ont un temps swingué, puis zouké, aujourd'hui ils rappent ! Ils se sont atrophiés dans une graphie ambiguë et laxiste, bien loin des chefs-d'œuvre que Laure avait connus.

Les élèves d’alors qui se sont ri des chausse-trappes qu'une kyrielle d'instituteurs leur proposait doivent désormais penser que notre belle langue tombe en lambeaux.

C'est donc en héraut que je viens vous proclamer qu'une dictée doit comporter une pléthore de difficultés. Le français est un labyrinthe où l'on joue à colin-maillard. En l'occurrence, je vous le dis crûment : toute phrase doit mettre en porte-à-faux, distiller les embûches goutte à goutte. Les coups bas sont permis, fût-ce au niveau du cou-de-pied, mais uniquement pour ceux dont les chevilles se seraient hypertrophiées.

 

Fin de la dictée lycéens

 

 

Ici, les passe-droits n’existent pas car l'orthographe nous tient sous sa férule. Chaque jour, elle nous fait passer sous les fourches  Caudines de son exigence. Alors devrions-nous réprimer nos haut-le-corps, subir sans mot dire la graphorrhée des scribouillards de tout cru et faire fi des chefs-d’œuvre de notre littérature?

Sans chercher le paroxysme dans la difficulté, je fuis la promiscuité du langage quotidien.

Les efforts que la maîtrise de notre langue a coûtés, les recherches qu'elle a nécessitées, sont notre héritage commun.

Epouser sa langue à bras-le-corps, ce n'est pas juste une union réduite aux acquêts, c'est accepter les caprices sans fin d'une maîtresse exigeante.

Bien loin des calames acérés des précepteurs antiques, c'est d'une plume feutrée que mon esprit chafouin se complaît à vous tourmenter, dans l’unique but de vous initier aux arcanes redoutés de l'alchimie du français.

 

Tudieu, j'en conviens, c'est avec un plaisir nonpareil que je tends mes lacets dans le lacis neuronal de vos esprits sagaces  en espérant qu'onc je ne vous lasserai !

 

 

Corrigé

- Maximum 1 faute par mot, même avec plusieurs fautes dans le même mot.

- Fautes d’accent non grammaticales, traits d’union ou majuscules : 1/2 faute.

- Mots composés : chaque élément est considéré comme un mot, donc plusieurs fautes possibles.

 

vicissitudes : un c, deux s

quelque cent ans : Quelque au sens de environ, invariable.

les années se sont succédé : verbe pronominal réciproque, le participe passé est invariable si le pronom est complément d'objet indirect.

rappent : du verbe rapper, sous-entendu par swingué et zouké

ambiguë: attention à la place des ¨

se sont ri : invariable

chausse-trapes : ou chausse-trappes

kyrielle : longue suite ininterrompue

proposait : accord selon la forme avec kyrielle

héraut : celui qui annonce la venue de quelqu'un ou de quelque chose

pléthore : abondance excessive

labyrinthe : y et th

colin-maillard : ne pas oublier le trait d'union

occurrence : deux c, deux r

crûment : ne pas oublier le ^

porte-à-faux : situation ambiguë

distiller : deux l, même si on n'en prononce qu'un seul.

embûches : ne pas oublier le ^

fût-ce : subjonctif imparfait

cou-de-pied : partie antérieure de la cheville

hypertrophiées:

passe-droits :

fourches Caudines : attention à la majuscule

haut-le-corps : brusque mouvement marquant l'indignation

graphorrhée : impulsion irrésistible à l'écriture

scribouillards :

tout cru : ou tous crus

paroxysme : plus haut degré

promiscuité : situation de proximité désagréable

coûtés, nécessitées : accord avec le cod

acquêts : biens achetés par les époux pendant le mariage

calames : masc.  Roseau taillé utilisé dans l'Antiquité pour écrire.

chafouin : rusé

arcanes : masc. Secret, mystère

tudieu : juron familier

nonpareil : qui n'a pas son pareil

lacets : pièges

lacis : réseau

qu'onc, qu'oncques, qu'onques : que jamais